• III. Pratiques eugéniques qui en découlent

     

    III. Pratiques eugéniques qui en découlent

     

    2. Eugénisme positif

    a. Politique vis à vis des Aborigènes d’Australie de M.Neville

     

    Un aborigène
     
    En Australie, au XIXème siècle, les colons blancs, suivant les théories eugéniques et issues du darwinisme social, commencèrent à penser que le contact entre la race dite « supérieure » blanche et la race considérée comme « inférieure » des aborigènes d’Australie amènerait inévitablement à une disparition de cette dernière.

    M. Neville, qui pensait que la croissance perpétuelle de la population autochtone était une menace pour la société européenne et la « pureté » de sa race, exposa une théorie selon laquelle un enfant « half cast » (métis) qui serait plongé dans la société européenne aurait une descendance, au bout de trois générations, qui n’aurait pas de gènes aborigènes.

    En conséquence, dès 1869, la loi autorisa le gouvernement à saisir les enfants « métisses », officiellement pour s'assurer de leur bien-être en les intégrant à la société blanche.

    La rapport « Bringing Them Home » (1997) révéla que les enfants aborigènes placés dans des institutions ou familles d'adoption se virent souvent interdits de pratiquer leur langue, l'idée étant de les couper définitivement de leurs racines culturelles aborigènes pour qu’ils deviennent de « parfaits petits blancs ». Cette génération, arrachée à ses racines, fut plus tard nommée la « génération volée ».

     

    b. Lebensborn

    - Le projet : modifier la population européenne

    Himmler est nommé Reichsführer SS le 6 janvier 1929. Cette nomination fait de lui le chef des SS, celui qui est chargé d’appliquer les rêves et fantasmes les plus fous du parti nazi. Et au cœur de ces fanstames, il y a le projet de transformer la population de l’Europe, en mettant à part la race des seigneurs, et en faisant en sorte que les autres races, inférieures, la servent.
    En fait, la race des seigneurs, la population allemande, ne ressemble pas au modèle qu’imaginent les idéologues des races. Ils ne sont qu’une minorité d’ « Aryens », soit des Nordiques, blonds, aux yeux clairs, grands et minces.

    - Démarrage du projet

    Himmler organise la sélection d’hommes purs au sein de la WAFFEN SS. Pour épouses, ils ne peuvent avoir que de pures aryennes, elles aussi : Himmler sélectionne ces femmes très strictement. A ce moment, il ne s’agit pas encore de peuplement.

    En 1931, le RuSHA est créé. Il s’agit de l’office supérieur de la race et du peuplement, qui doit mettre en place la propagande pour que l’idéologie soit connue de tous, pour que la population allemande se pense effectivement aryenne.

    Sang Sacré
     
     
    Les lois de Nuremberg récompensèrent cette œuvre. Le RuSHA se fonda principalement sur l’idéologue SCHALLMAYER. Celui-ci proposait d’une part l’interdiction de mariages « mixtes », afin que les races se mélangent le moins possible et restent dans une supposée pureté ; d’autre part la stérilisation des races inférieures (en même temps que celle des inutiles qu’étaient les handicapés et les incurables – d’ailleurs, les enfants imparfaits nés dans les Lebensborn, seront eux aussi exterminés sans pitié) ; enfin, il faisait de la vie sexuelle des Aryens, de leur reproduction un devoir sacré et non plus une affaire personnelle. Tout regardait désormais l’Etat – tout était relié à l’avenir de la nation et au-delà d’elle, de la race.

    - Le Lebensborn : de la crèche à la production de bons aryens

    La purification et le repeuplement de l’Allemagne doivent s’accélérer quand la guerre éclate. A ce moment, le RuSHA permet à Himmler de posséder des lieux où les Aryennes enceintes d’un SS ou d’un policier peuvent accoucher de l’enfant, notamment illégitime, et l’abandonner aux SS. Ces lieux s’appellent des Lebensborn, en français « fontaines de vie », d’où jaillira la race parfaite. Ces enfants sont la propriété de l’Etat, leur histoire personnelle compte peu par rapport à celle de leur nation. Ils sont destinés à être coupés de leurs racines, dans le but d’être entièrement façonnés par l’idéologie. Le symbole en est la cérémonie du nom, qui doit remplacer le baptême chrétien.

    Maternité SS
    Dans ses débuts, l’institution du Lebensborn n’est qu’une clinique et une crèche pour Aryens. Peu à peu, il devient un lieu de rencontres organisées pour femmes pures et SS. Ces enfants, il s’agit de les produire en nombre – au moment même où dans les camps de la mort, le même Himmler commence à détruire en masse les populations « inférieures » : juifs, tsiganes, ou homosexuels. D’un côté comme de l’autre, on industrialise.

    Dans cette entreprise de déshumanisation, on encourage aussi le « mariage biologique », qui est l’accouplement de deux aryens sélectionnés. Après la rencontre, la femme enceinte est accueillie dans le Lebensborn tandis que l’homme est incité à retourner au front. La grossesse est assimilée à ce retour au front : la femme met son corps au service du Führer et de la race allemande ; elle fabrique de futurs soldats, de futurs maîtres du monde dans une Europe blonde. Elle touchera une rémunération, versée par le père ou l’Etat.

    Ce système sera progressivement développé dans tout l’espace contrôlé par les nazis, au-delà de l’Allemagne. Des centres s’ouvrent notamment en Norvège, où les SS n’ont pas de mal à trouver des femmes correspondant à leurs critères, et où les conceptions d’enfants seront finalement encore plus nombreuses qu'en Allemagne.

    - Le basculement définitif du Lebensborn dans l’horreur

    Cette entreprise de création d’une nouvelle race est en partie connue à l’époque. La propagande en annonce le principe, des éléments sont de notoriété publique. Mais un certain secret entoure notamment l’industrialisation du processus. Le système du Lebensborn n’était pas affiché précisément, et cela favorisa le basculement des Lebensborn dans la folie et l’horreur.

    A la fin de la guerre, l’urgence de créer cette race pure conduit les SS à organiser le rapt d’enfants. De fausses visites médicales obligatoires permettent dans la journée le repérage des petits enfants blonds de bonne constitution ; des commandos vont le soir les kidnapper à leur domicile. A d’autres endroits, on se gène encore moins ; les enfants sont arrachés à leur mère polonaise ou ukrainienne pendant la visite, et gare à celles qui protestent : elles sont envoyés en camp ou abattues sur place.

     


    Les enfants subissent ensuite une germanisation de 6 semaines, qui consiste à leur inculquer la doctrine nazie, et à oublier leurs parents : on leur fait croire que leurs parents les ont abandonnés, volontairement, et que les nazis sont leurs sauveurs, leur vraie famille. Ils sont robotisés, détruits.
    S’ils ont entre 2 et 6 ans, ils sont envoyés dans les Lebensborn pour être adoptés par des familles allemandes sans enfants. S’ils ont entre 6 et 12 ans, ils sont éduqués par la NSV qui en fait presque des soldats. Dans tous les cas, ces jeunes sont les fruits du mensonge et de la haine : ceux qui apprennent leur origine, après la guerre (parfois des dizaines d’années plus tard) ne savent plus qui ils sont, et sont le plus souvent détruits, incapables de se reconstruire. Parfois détestés dans leur pays d’origine, parfois germanisés et endoctrinés au point de ne pouvoir supporter de n’être pas allemands, ils subissent de manière cruelle les conséquences de la folie eugéniste nazie.

     


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